Écoutez les voix de ceux qui vivent et luttent pour la justice en Palestine

Ces récits authentiques sont essentiels pour comprendre la tragédie que vit actuellement le peuple palestinien et nourrir notre détermination à le soutenir dans sa quête d'autodétermination.

Témoignages de terrain : récits et photographies

jeudi 6 août 2026

Message d’Imad, habitant d’Idhna, près d’Hébron

Minuit. Ils ont largué des bombes juste devant chez moi. L'odeur est insupportable, les explosions sont terrifiantes et les enfants se sont enfuis totalement paniqués. Il est impossible de décrire à quel point la vie est devenue effroyable. Dieu merci, des personnes dans un appartement voisin ont réussi à filmer la scène. C'est la première fois que nous disposons d'images claires de ces attaques.

Aux organisations internationales de défense des droits humains, aux programmes de protection des civils, aux équipes d'observation indépendantes, aux défenseurs des droits humains ainsi qu'aux bénévoles locaux et internationaux, nous lançons un appel urgent pour renforcer la présence civile afin de protéger les droits humains dans la ville d'Idhna, au nord-ouest d'Hébron

Nous lançons cet appel urgent depuis la ville d'Idhna, au nord-ouest du gouvernorat d'Hébron. Les mesures militaires [de l’État israélien] en cours, les restrictions de circulation et l'escalade des attaques rendent très difficiles les conditions de vie, la sécurité des civils et menacent les droits fondamentaux des habitants.

Depuis plus de deux ans et demi, la ville d'Idhna subit la fermeture permanente de son entrée nord principale [par l’armée israélienne], ce qui restreint considérablement la liberté de circulation et affecte directement la vie de milliers d'habitants, notamment les élèves, les travailleurs, les patients, les femmes et les personnes âgées.

Empêcher les civils de circuler librement et contraindre certains habitants à traverser à pied l'entrée nord fermée a aggravé les souffrances quotidiennes de la population et l’a exposé à des risques et à des pratiques portant atteinte à sa dignité et à ses droits fondamentaux.

En particulier, lorsqu’on empêche de la sorte les enfants d’aller à l’école, aux adultes de rejoindre leur lieu de travail, aux malades d’accéder aux soins des établissements de santé et à tous d’accéder aux services essentiels.

Parallèlement, la partie Est de la ville, en particulier le quartier de Nabi Saleh, est le théâtre d'attaques croissantes de la part de colons qui viennent saccager les terres, les arbres, les biens et les cimetières des habitants. Nous ressentons cela comme une menace directe à notre existence, à notre droit de vivre en sécurité et à protéger nos propriétés.

De plus, des restrictions et des perturbations continuent d'affecter la route reliant Idhna à Dura en raison des déplacements de colons et des mesures militaires, accentuant l'isolement de la ville et alourdissant le fardeau humanitaire pesant sur ses habitants. La situation à Idhna est une illustration d’une escalade des restrictions et des violations touchant l’ensemble des habitants de Cisjordanie.

Cette situation nécessite de renforcer la présence d'acteurs indépendants du secteur humanitaire et des droits humains afin d’être témoins de la situation sur le terrain, de documenter les violations et de contribuer à la protection des civils, conformément au droit international humanitaire et au droit international des droits humains.

Au nom de l’engagement humanitaire des organisations de défense des droits humains, et au nom du droit international visant à protéger les civils et à promouvoir le respect des droits humains nous les appelons à mobiliser sur place des équipes de surveillance indépendantes et des bénévoles afin d’établir une présence internationale régulière à Idhna, selon le calendrier suivant :

Lieu : Entrée nord de la ville d'Idhna.
Présence le matin : du samedi au jeudi, de 7 h 30 à 10 h 00.
Présence l'après-midi et en soirée : du samedi au jeudi, de 14 h 00 à 19 h 00.

Cette présence civile vise à :
- surveiller la situation sur le terrain et documenter toute violation commise à l'encontre des civils ;
- assurer une présence indépendante [ONG internationales] contribuant à réduire les tensions et à prévenir la violence ;
- favoriser un sentiment de sécurité pour les enfants, les élèves, les femmes, les patients et les personnes âgées lors de leurs déplacements ;
- être les témoins des restrictions imposées à la liberté de circulation ;
- renforcer la communication avec les organisations de défense des droits humains, les médias et les organismes humanitaires en cas de violations ;
- documenter [de manière professionnelle les atteintes aux droits humains] ;

Nous appelons également à renforcer la présence sur le terrain dans la zone de Nabi Saleh, à l'est d'Idhna, afin de surveiller et de documenter les attaques répétées visant les terres agricoles, les arbres, les cimetières et les biens civils, et de signaler ces violations aux instances compétentes en matière de droits humains.

La présence de défenseurs des droits humains et d'observateurs indépendants sur le terrain constitue un mécanisme pacifique pour renforcer la protection des civils et le respect du droit international. Il ne s'agit pas de participer à une quelconque confrontation, mais d'une présence indépendante visant à [être les témoins de la réalité que nous vivons], à documenter les violations et à soutenir le droit des habitants à la sécurité, à la dignité et à la liberté.

Nous invitons les institutions de défense des droits humains, les réseaux de solidarité internationale ainsi que les groupes de bénévoles locaux et internationaux à répondre à cet appel et à œuvrer à la mise en place d'une présence quotidienne organisée à Idhna. La protection des civils est une responsabilité partagée, et la présence d'observateurs [extérieurs au conflit peut contribuer] à réduire les violations et à renforcer l'obligation [pour l’État israélien] de rendre des comptes.

Pour la protection, la garantie d'une vie sûre et digne pour les habitants d'Idhna, pour la promotion des droits humains.

Imad

PS : Les mots entre crochets sont une interprétation de l’auteur de la traduction visant à rendre plus compréhensible le message reçu.

Traduction réalisée par le Collectif de Solidarité Palestine 37

 

Mercredi 5 août

Point de situation sur le terrain Situation humanitaire à Gaza

D'après les dernières informations recueillies sur le terrain, nous avons constaté une escalade significative au cours de la semaine écoulée, qui se poursuit au moment de la rédaction de ce message. On observe une intensification des frappes aériennes, des exécutions ciblées dans les rues, des attaques contre des habitations et des ordres d'évacuation répétés touchant des quartiers résidentiels entiers. Rien qu'aujourd'hui, de nouveaux ordres d'évacuation (avis de « zone jaune ») ont été émis, s'étendant des zones situées à l'est de la route Salah Al-Din vers l'ouest, à travers plusieurs secteurs de la bande de Gaza.

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L'histoire de Safyia, une mère qui aurait dû être grand mère

"À Gaza, toutes les mères ne portent pas seulement une photographie de leur enfant. Certaines passent leurs journées à chercher le visage de leurs enfants dans celui des inconnus.Il y avait une femme âgée nommée Safiya.Elle n’était pas de celles qui se rendaient dans les abris d’urgence ou les centres de déplacés pour demander de l’argent, de la nourriture, des médicaments ou un endroit où dormir. Au contraire, elle arrivait en silence, restait à distance, me regardait longuement, les yeux remplis de larmes, puis repartait sans dire un mot.Cela s’est répété encore et encore.La curiosité grandissait en moi. Je me demandais si quelqu’un de notre équipe lui avait fait défaut, si elle avait besoin d’aide mais était trop timide pour demander, ou si quelque chose nous avait échappé.

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Rapport sur la situation humanitaire dans la bande de Gaza. Fin juillet 2026

Gaza Relief Committee

Le Gaza Relief Committee (Comité de secours de Gaza) est un réseau local palestinien qui coordonne de petites ONG humanitaires sur le terrain dans la bande de Gaza. Basé principalement à Deir al-Balah, ce comité n'est pas une agence internationale majeure, mais un regroupement d'acteurs de proximité.

Rôle et actions principales

  • Coordination de l'aide : Il sert de pont pour distribuer les ressources d'urgence (nourriture, abris mobiles, eau potable) apportées par de plus petites structures locales. 
  • Alerte humanitaire : Son représentant principal et coordinateur, Eyad El Amawi, intervient régulièrement dans des médias internationaux (comme Democracy Now! ou The Guardian) pour documenter la malnutrition aiguë, l'effondrement sanitaire et les conditions de vie dans les camps.
  • Logistique post-conflit : Le comité participe à l'évaluation des besoins urgents, comme le déblaiement des routes ou la préparation des terrains pour de nouveaux camps de déplacés. 

Témoignage audio provenant de la bande de GAZA 

8 juin 2026

(0:00) Que la paix soit avec vous, frères et sœurs. (0:04) Depuis l'aube, le massacre à Gaza se poursuit. (0:08) Les tueries ont lieu sans distinction, (0:11) des familles et des foyers entiers sont pris pour cible. (0:15) À ce jour, plus de 13 personnes ont été tuées (0:18) lors de frappes contre des maisons, des tentes et des véhicules civils, (0:22) tandis que plus de 35 autres ont été blessées depuis ce matin. (0:26) La situation est devenue insoutenable. (0:31) Les massacres et les destructions se poursuivent de manière systématique et continue, sans répit. (0:36) La population vit une véritable catastrophe humanitaire, (0:40) qui affecte tous les aspects de la vie quotidienne. (0:43) Merci de votre attention. Continuez à vous informer sur la situation à Gaza.

Lorsque nous évoquons les ordres d'évacuation répétés dans la bande de Gaza, nous ne faisons pas référence à des mesures militaires temporaires ni à des actions de routine liées à la guerre conventionnelle. Nous parlons plutôt d'une politique persistante qui a ravivé le souvenir des déplacements forcés et des expulsions qui ont marqué les différentes phases du génocide perpétré contre la population de Gaza. L'évacuation est devenue l'un des aspects les plus marquants du quotidien des Palestiniens à Gaza – non pas comme une simple mesure de terrain, mais comme un mécanisme qui impose un état permanent d'instabilité, de peur, d'épuisement psychologique et de privation matérielle.

Selon les estimations des Nations Unies, plus de 90 % de la population de Gaza a été déplacée depuis le début du génocide. Nombre d'entre elles ont subi des déplacements répétés. Les données de l'ONU indiquent qu'en moyenne, chaque individu a été déplacé environ six fois au cours du conflit, tandis que certaines familles ont été contraintes de se reloger entre dix et vingt fois. Ces chiffres sont sans précédent dans la plupart des conflits contemporains et témoignent de l'immense pression exercée sur les civils, pris au piège d'un cycle de déplacements incessants, sans aucune certitude quant à leur sécurité.

Aujourd'hui, les ordres d'évacuation ne se limitent plus à une seule maison, un seul immeuble ou une seule rue. Dans bien des cas, ils concernent des quartiers résidentiels entiers, comprenant des centaines de logements, des milliers d'habitants et de nombreux campements de fortune. Dès qu'un ordre d'évacuation est émis, des milliers de familles sont contraintes de se mettre en quête d'un abri dans des conditions marquées par une grave pénurie de services essentiels et l'absence de zones véritablement sûres.

Les conséquences des bombardements qui suivent ces ordres d'évacuation s'étendent bien au-delà des cibles officiellement désignées. Les explosions et les éclats d'obus atteignent fréquemment des centaines de mètres au-delà de la zone d'impact et, dans certains cas, des distances approchant le kilomètre. De ce fait, de nombreuses victimes se trouvent hors de la zone immédiatement ciblée. De nombreuses blessures ne sont pas recensées car les victimes se font souvent soigner dans des dispensaires locaux, des postes médicaux de campagne ou des structures de santé temporaires plutôt que dans des hôpitaux dont les dossiers sont utilisés par les organisations internationales.

La dimension psychologique de cette politique est tout aussi importante. Les évacuations répétées n'entraînent pas seulement la perte d'un abri ; elles engendrent un état d'anxiété et d'appréhension permanent, ainsi qu'une érosion progressive du sentiment de sécurité. Les familles sont sans cesse contraintes de rassembler ce qui leur reste, de transporter leurs enfants, leurs proches âgés et les malades, et de trouver un nouveau logement temporaire, pour ensuite faire face à un nouvel ordre d'évacuation quelques jours ou semaines plus tard.

Il est également à noter que de nombreux sites visés suite aux ordres d'évacuation étaient déjà endommagés, détruits ou abandonnés. Malgré cela, une puissance de feu considérable est souvent employée contre eux, provoquant des destructions importantes qui affectent les zones civiles environnantes. Quelles que soient les justifications avancées pour chaque frappe, le résultat est invariablement une aggravation des souffrances, des déplacements et des ravages parmi les populations civiles.

La politique d'évacuation actuelle peut être comprise comme fonctionnant à plusieurs niveaux interconnectés :

* L'évacuation d'une maison ou d'un bâtiment.

* L'évacuation d'un immeuble résidentiel entier.

* L'évacuation de vastes quartiers d'une ville.

* L'évacuation de villes ou de gouvernorats entiers, comme on l'a constaté à différentes étapes du génocide lorsque des centaines de milliers de personnes ont reçu l'ordre de se déplacer du nord de Gaza vers le sud, puis du sud vers d'autres endroits, avant d'être incitées à retourner dans les zones dévastées, puis déplacées à nouveau.

L'expérience historique démontre que les transferts forcés de population répétés ont souvent figuré parmi les mécanismes les plus efficaces pour affaiblir les sociétés et compromettre leur capacité de résilience. Tout au long des XXe et XXIe siècles, de nombreux cas en Europe, en Asie et en Afrique ont montré comment les déplacements forcés ont été utilisés comme moyen de contrôle, de manipulation démographique et de restructuration des réalités géographiques et sociales.

À Gaza, les évacuations répétées ont eu pour conséquence directe la réduction constante de l'espace disponible pour les civils. Chaque zone vidée de ses habitants devient impraticable pour la vie civile normale, tandis qu'un nombre croissant de personnes se concentrent dans des zones de plus en plus petites et surpeuplées. Cette situation a exacerbé les crises liées à l'eau, à l'alimentation, aux soins de santé, au logement, à l'assainissement et à tous les autres services essentiels.

Dans le même temps, les ordres d'évacuation et les bombardements se poursuivent presque quotidiennement, sans égard aux fêtes religieuses, aux occasions sacrées ou à l'ampleur des pertes civiles. La population subit depuis des mois une pression incessante qui ne lui laisse guère de place pour la stabilité, le rétablissement ou la guérison psychologique.

L’impact réel de cette politique ne se mesure pas uniquement au nombre de maisons détruites ou de personnes déplacées. Il faut aussi le comprendre à travers l’épuisement psychologique et social profond qu’elle inflige à toute une société. Les déplacements forcés répétés, la perte d’attachement au lieu et la transformation du quotidien en un cycle infernal de déplacements laissent des séquelles qui se feront sentir pendant des années.

Pour ces raisons, l’étude des ordres d’évacuation à Gaza ne doit pas se limiter à leurs dimensions opérationnelles ou militaires immédiates. Il est également essentiel de les examiner à travers leurs conséquences humanitaires, psychologiques, sociales et démographiques plus larges. Ces évacuations ne sont plus des incidents isolés ; elles sont devenues un élément déterminant du quotidien de millions de civils et l’une des manifestations les plus visibles du génocide en cours qui cible la population, le territoire et le tissu social même de Gaza.

Dr. Eyad Al Amawi eng. Humanitaire/Gaza relief committee 

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